« Le capital humain. Selon la définition de l’OCDE, le capital humain recouvre les connaissances, les qualifications, les compétences et les autres qualités d’un individu qui favorisent le bien-être personnel, social et économique ». Cette définition officielle est méconnue. Un peu de réclame lui fera du bien. D’autant que je suis agacé de voir cette expression constamment abîmée, galvaudée, fracturée. En France, nous sommes trop riches et nous ne le savons plus. Entendre évoquer à longueur de temps « le capital humain de l’entreprise c’est fondamental » ; « il n’y a de richesses que d’hommes » ; « il faut créer des emplois » ; « le chômage est un drame » ; « La formation c’est important » ; « L’Education de nos enfants c’est important » me consterne. Oui je suis consterné. Tant de mots, d’hypocrisie, de banalités. Tant de maux, de vérités, de choses essentielles. Oui, les femmes et les hommes dans l’entreprise cela compte énormément et pas seulement en période électorale ! Récemment, alors que je devais indiquer quels profils de clients, les sociétés que je dirige recherchaient, je concluais : « j’aimerais rencontrer des dirigeants qui considèrent que l’être humain n’est pas la première variable d’ajustement dans une entreprise ». Cette ‘sortie’ spontanée m’a paru à la fois honnête (le cynisme n’est pas mon fort) et diablement risquée… Au fait, existe-t-il encore des boites qui capitalisent sur leur personnel ? Le capital humain, un alibi ? un argument de communication ? une marque pour faire bien, se donner bonne conscience ? Il y a mille façons de considérer les êtres humains, comme un capital dans l’entreprise. Souvenez-vous la définition de l’OCDE : «(…) bien-être personnel, social et économique ». Tout est question de volonté. Que fait-on concrètement pour que l’individu reste un capital pour une entreprise ? A-t-on encore envie qu’il le reste ? Les communicants et les RH auraient de plus en plus de mal à se faire entendre. Je ne sais pas si c’est vrai. Ce que je sais, c’est que dans l’entreprise, de plus en plus de personnes ronchonnent des écarts constatés entre les paroles et les actes. C’est là le problème. Ce qui était acceptable hier, ou avant-hier, ne l’est plus ce jour et le sera encore moins demain. Le pire… c’est de devoir se poser toutes ces questions dans un pays comme le nôtre. De se poser des questions sur des évidences. Entendre parler de capital humain alors que cette semaine une femme a du payer pour se faire licencier , est assez significatif des contradictions majeures de notre pays. Je suis un militant du management, qui veut faire avancer ses idées non pas pour lui mais pour ses clients. Faire fructifier les compétences des Hommes, oui, c’est un beau challenge ; faire en sorte que les équipes y croient encore, oui, c’est un beau challenge ; faire ressortir ce qu’il y a de meilleur en nous à donner aux autres, oui c’est un beau challenge. J’y crois encore, c’est fou ! Je suis persuadé que les dirigeants respectueux du bien-être de leurs collaborateurs existent encore.
Au Maroc, dans la presse, les publicités, les conversations, quand il est question de capital humain, les choses paraissent moins compliquées. Comme une évidence. L’évocation de la richesse humaine n’est pas une idée neuve dans ce pays. D’autant qu’il est associé à la compétitivité, la productivité des entreprises. En France, on croit tout savoir ; au Maroc, on sait qu’on a des choses à apprendre. Ca rend les rapports humains un peu différents. Rencontrer des gens qui ne sont pas comme vous, qui ne pensent pas comme vous, qui n’ont pas les mêmes références culturelles, politiques, religieuses que vous, en fin de compte c’est cela le capital humain. Ce n’est pas une question de posture, mais une question d’ouverture d’esprit.
Bien sûr, pour que le capital humain fructifie cela ne suffit pas. Il faut de la méthode. Développer son leadership ; cranter ses compétences ; enthousiasmer ses managers qui à leur tour motiveront leurs équipes ; tout cela demande de l’expertise.
Capitalistes de tous les pays, humanisez-vous ! Vous serez encore plus riches !
Humanistes de tous les pays, capitalisez entre vous ! Vous serez encore plus riches !
Christophe Le Vaillant